Retour aux ressources

Le même risque, modélisé 2 fois : climat et nature, 2 modèles d’une seule exposition

Évaluer les impacts et risques liés à la nature 8 septembre 2026

Le risque climatique et le risque nature sont publiés séparément, modélisés séparément, et portés le plus souvent par des équipes différentes. Physiquement, ils ne font qu’un. Résultat : 2 façons également légitimes de calculer la même perte, et aucune manière convenue de les combiner.


Une inondation, 2 descriptions

Imaginez une usine au bord d’une rivière, avec en amont un bassin versant fait de champs et de sols. Un hiver, la rivière monte et l’usine est inondée.

Était-ce un risque climatique ou un risque nature ? Les 2 à la fois, et pourtant il s’agit d’un seul et même événement. La pluie est tombée à cause de la météo. Elle a atteint l’usine parce que le sol en amont ne la retenait plus. Une rivière, un sol, un hiver, mais une perte qui apparaîtra dans 2 rapports distincts, produits par 2 équipes différentes, à partir de 2 modèles différents.

Ce n’est pas une faiblesse de l’un ou l’autre modèle. Chacun décrit correctement ce qu’il décrit. Le problème surgit quand leurs 2 résultats se rencontrent.


D’où vient cette séparation

Le climat s’est structuré en premier : la TCFD a publié ses recommandations en 2017, et une décennie de pratiques, de fournisseurs de données et d’expertise interne s’est construite sur ce cadre. La nature est arrivée ensuite et a emprunté la même architecture : la TNFD reprend les 4 piliers de la TCFD presque ligne pour ligne. C’était pragmatique, et cela a produit 2 routes de modélisation parallèles pour des événements que la rivière, elle, ne distingue pas.


Les 2 routes vers la même inondation

Côté climat, tout part de l’aléa. L’inondation n’est qu’un facteur de risque parmi d’autres : la Taxonomie européenne en recense 28, de la chaleur au vent en passant par l’eau. Pour notre usine, 2 questions se posent alors : l’inondation l’atteint-elle (exposition), et quelle est la violence du choc encaissé (vulnérabilité) ?

Côté nature, tout part de la dépendance. On regarde ce dont l’usine a besoin du monde vivant pour fonctionner. Entre autres choses, elle a besoin que le bassin versant en amont retienne l’eau. Quand ce service se dégrade, la perte suit. Et les 2 questions sont les mêmes : le site dépend-il du service (dépendance), et quelle est la violence du choc quand le service défaille (sensibilité) ?

Les 2 routes sont la même machine logique, alimentée par des entrées différentes : un choc, un test pour savoir s’il atteint ce site, une mesure de la violence avec laquelle il frappe.

La route climat et la route nature sont la même machine (un choc, un test pour savoir s’il atteint le site, une mesure de la violence du choc) qui converge vers une seule perte, l’état de l’écosystème venant alimenter la vulnérabilité de la route climat.Un choc, 2 routes,une seule perteLa même machine logique, alimentée par des entrées différentesROUTE CLIMATROUTE NATUREAléaFortes pluies sur le bassin versantDégradation du serviceLe sol ne retient plus l’eauExpositionL’inondation atteint-elle le site ?DépendanceLe site dépend-il de ce service ?VulnérabilitéQuelle est la violence du choc ?SensibilitéQuelle est la violence du choc ?UNE SEULE PERTECalculée une fois, pas 2L’état du « tampon » amplifie ou réduit la perte

Ce doublonnage n’est pas propre aux inondations. Une sécheresse, par exemple, est un aléa aigu de stress hydrique côté climat et un service de régulation de l’eau défaillant côté nature : le même lit de rivière asséché, décrit 2 fois.


Pourquoi les 2 chiffres ne peuvent être ni additionnés, ni laissés séparés

Les modèles d’inondation n’ignorent pas le sol. Le relief, l’occupation des sols et les propriétés pédologiques y figurent bien, tout comme le bassin versant en amont. Ce que ces modèles ne font pas, c’est laisser le sol évoluer. Ils prennent le relief, l’occupation des sols et les sols tels qu’ils sont aujourd’hui, généralement à partir d’observations récentes, et les figent pour tous les scénarios. Seul le climat bouge. Un scénario d’inondation à 2050 revient donc à faire tomber la pluie de 2050 sur le sol de 2026 : si le bassin versant se dégrade d’ici là, le modèle ne le verra pas.

Certaines méthodologies sont explicites sur ce point. Aqueduct Floods du WRI, l’un des jeux de données mondiaux sur l’inondation les plus utilisés, indique que la restauration des plaines inondables et les mangroves côtières ne sont pas prises en compte, et que seules les digues sont traitées comme une protection. D’autres intègrent bien le paysage, l’une d’elles calibrant l’infiltration et le ruissellement sur des débits de rivière observés, mais à partir d’une photo figée, qui ne bouge pas quand le scénario évolue.

C’est un point décisif, parce que c’est précisément le sol qui détermine l’ampleur de la perte. Un sol qui a perdu sa matière organique absorbe moins d’eau ; la même pluie produit davantage de ruissellement et une inondation plus profonde. Le sol dégradé n’ajoute pas une seconde perte à côté de l’inondation, il change la violence avec laquelle l’inondation frappe. Dans le schéma ci-dessus, c’est la ligne en pointillés : l’état de l’écosystème vient alimenter la vulnérabilité de la route climat. Les mangroves et les plaines inondables jouent le même rôle face aux submersions marines, le couvert arboré et l’humidité des sols face à la chaleur.

De là, 2 réponses également fausses :

  • Additionner la perte climat et la perte nature, et vous facturez 2 fois la même inondation.
  • Les garder séparées, et vous perdez l’amplification, qui est précisément ce qui rend le couple intéressant à modéliser.

Ce que nous faisons à la place chez Darwin. Quand un aléa et un service écosystémique décrivent le même événement, nous ne comptabilisons pas 2 pertes. Le modèle d’aléa donne la perte. L’écosystème qui absorbe le choc (le sol, la plaine inondable, la mangrove), appelons-le le « tampon », vient ensuite amplifier ou réduire cette perte selon son état. Un « tampon » en bon état diminue la perte, un « tampon » dégradé l’augmente. Une seule ligne, ajustée, et non 2 lignes additionnées.

L’ajustement dépend de la part du « tampon » que le modèle d’aléa intègre déjà, et cela varie d’un modèle à l’autre : nous vérifions donc chacun d’eux. Si la méthodologie indique que le « tampon » n’est pas pris en compte, nous ajoutons son effet complet. Si le modèle calibre déjà l’occupation des sols sur des débits de rivière observés, l’état de référence du « tampon » est déjà dans la perte, et nous n’ajoutons que la dégradation survenue depuis cette référence. Le facteur d’ajustement est une première approche, délibérément conservatrice : nous préférons sous-estimer l’interaction plutôt qu’inventer un coefficient.


Ce que cela débloque

Faire de l’état du bassin versant une variable, dégradé davantage ou restauré, puis relancer le modèle apporte 2 choses que le dispositif actuel ne permet pas.

Distinguer les moteurs. Quelle part de la perte d’inondation de l’usine en 2050 vient de pluies plus fortes, et quelle part d’un sol appauvri ? Aujourd’hui, les 2 se retrouvent noyés dans un seul chiffre. Ce sont pourtant des problèmes distincts, avec des responsables distincts et des remèdes distincts. Des pluies plus fortes sont exogènes : on protège l’actif, on l’assure ou on le déplace. Un bassin versant qui se dégrade peut, lui, être traité directement, souvent sur des terres que l’on ne possède pas mais sur lesquelles on peut agir.

Classer correctement les sites. 2 installations affichant des scores climatiques identiques peuvent porter une exposition réelle très différente, selon l’état des terres qui les entourent. Un modèle qui fige ces terres ne peut pas les départager.


2 cases pour le reporting, un seul modèle en dessous

La séparation du reporting va perdurer : elle est inscrite dans la réglementation, dans la répartition des équipes et dans les calendriers de publication, et il y a peu d’intérêt à la combattre. Publiez séparément au titre de la TCFD et de la TNFD là où c’est exigé. Mais le modèle qui se trouve en dessous ne devrait pas hériter de cette séparation. Une rivière, un sol, un hiver : la perte qu’ils produisent devrait être calculée une seule fois.

Il y a une conséquence supplémentaire. Si l’état du bassin versant est une variable, ce n’est plus seulement un facteur de risque, c’est un levier : restaurer la matière organique des sols, planter des bandes riveraines ou rouvrir une plaine inondable en amont modifient l’exposition de l’usine elle-même, et restent à la portée d’une seule entreprise agissant sur les terres autour de ses actifs. Ce sera le sujet du prochain article.


Chez Darwin, le climat et la nature ne forment qu’une seule exposition : l’aléa donne la perte, l’état du « tampon » autour de vos actifs la corrige à la hausse ou à la baisse, et la séparation ne réapparaît qu’au moment de publier. Bookez une démo pour voir ce que devient l’exposition de vos sites quand on regarde aussi le sol qui les entoure.

Envie d’en savoir plus ?

Découvrez comment Darwin peut vous aider à transformer les risques nature en opportunités.

RÉSERVER UNE DÉMO