C’est le point de départ d’un webinaire que nous avons récemment animé avec l’un de nos cabinets partenaires, BL Evolution : de nombreuses entreprises investissent un temps et un budget considérables pour réaliser une empreinte biodiversité, sans parvenir pour autant à la traduire en décisions opérationnelles.
Le problème n’est pas le diagnostic en lui-même — loin de là ! Le véritable défi réside dans le manque de lien entre les données produites et leur intégration dans les décisions du quotidien : allocation des Capex, choix de fournisseurs, priorisation des sites, éco-conception, etc. Avec BL, nous avons décortiqué ce processus de traduction, que nous résumons ci-dessous.
À quoi sert une empreinte nature ?
Dans les faits, la plupart des entreprises ne sont pas encore tenues de réaliser une empreinte biodiversité… alors pourquoi s’en préoccuper ?
Évaluer l’empreinte que votre entreprise laisse sur la nature.
Une empreinte nature est avant tout une évaluation de l’impact d’une entreprise sur la biodiversité sur une période donnée, généralement un an. L’objectif n’est pas d’obtenir une image ultra-granulaire, mais une vue d’ensemble solide qui aide à identifier les grands ordres de grandeur.
Concrètement : mesurer vos impacts sur la nature via un ou plusieurs indicateurs.
Une empreinte peut être exprimée par un indicateur agrégé unique ou par un ensemble d’indicateurs désagrégés : coefficient de biotope par surface, hectares artificialisés, kilogrammes de polluants, prélèvements d’eau, etc.
Cette approche se distingue d’une empreinte carbone, qui ne traite qu’une seule pression, ou d’une ACV produit, car elle couvre l’ensemble de l’activité de l’entreprise, y compris tous les achats et parfois l’usage et la fin de vie des produits.
Une boussole pour comprendre d’où viennent les impacts.
Une empreinte fait office de boussole : elle montre, sur une période donnée, d’où proviennent les principaux impacts négatifs (ou positifs) et comment ils se répartissent tout au long de la chaîne de valeur.
Et, au fond, à quoi cela sert-il ?
Même en l’absence d’obligation légale stricte, une empreinte nature offre une valeur stratégique majeure :
- Identifier les enjeux critiques (eau, matières premières, pressions sur les écosystèmes locaux…). Ce n’est pas un chiffre pour la vitrine.
- Construire une stratégie biodiversité cohérente : s’assurer que les enjeux prioritaires mis en lumière par l’empreinte sont effectivement traités.
- Répondre aux attentes des parties prenantes : la CSRD et la TNFD exigent des entreprises qu’elles divulguent leurs principaux impacts et la manière dont leur plan d’action y répond.
Comment relier l’empreinte à la stratégie ?
Les données générées sont-elles vraiment utiles ? Comment peuvent-elles guider les décisions quotidiennes ? En résumé : comment transformer le diagnostic en actions concrètes qui réduisent réellement les impacts sur la biodiversité ?
Identifier les leviers d’action prioritaires.
Une fois les pressions cartographiées, il devient plus simple de cibler les zones géographiques à haut risque, les produits qui contribuent le plus aux impacts, les fournisseurs jugés « à risque », etc. L’objectif est d’adopter une approche par matérialité qui évite les micro-actions déconnectées (« la ruche sur le toit de l’usine ») et nourrit une prise de décision plus globale et mieux informée.
Identifier les bonnes actions en modélisant leurs effets.
C’est dans la modélisation, la simulation et le test que l’empreinte devient véritablement un outil d’aide à la décision. On peut estimer assez précisément les conséquences d’un changement de matériau, de fournisseur ou de procédé de transformation. L’éventail des cas d’usage est large. Par exemple, BL a travaillé sur un projet simulant les bénéfices de revêtements de parking semi-perméables — en comparant la perte de biodiversité par rapport à un état naturel, et en quantifiant les impacts évités par rapport à un parking conventionnel.
Questionner votre stratégie d’entreprise.
Une empreinte aide aussi à répondre à une question clé : vos produits ou services les plus impactants seront-ils encore au cœur de votre stratégie demain ? C’est souvent le début d’un basculement progressif vers des modèles d’affaires régénératifs.
Définir les bons indicateurs pour votre trajectoire.
Aujourd’hui, les modèles disponibles ne permettent pas (encore) de piloter la biodiversité à l’aide d’un unique indicateur agrégé fiable. Mais une empreinte aide à identifier les paramètres qui comptent vraiment, ceux sur lesquels l’entreprise peut agir, et ceux qui réagiront le plus rapidement aux changements. C’est précisément l’objectif de la première étape de la SBTN : choisir les enjeux prioritaires et les indicateurs associés pour construire une trajectoire.
Là où Darwin intervient
Une plateforme logicielle peut accompagner les organisations en fournissant :
- Un accès à des indicateurs désagrégés (au-delà d’une empreinte agrégée) : pressions, matériaux, impacts à l’échelle du fournisseur, etc.
- La possibilité de structurer des entités opérationnelles (= les niveaux d’analyse qui font sens pour l’organisation) et de définir des KPI actionnables.
- Une bibliothèque d’objectifs et d’actions assistée par l’IA.
- Des outils pour construire et quantifier des scénarios (avec leurs baselines et scénarios de référence associés).
Et ensuite ? Comment piloter son empreinte dans le temps ?
Une empreinte est-elle un exercice ponctuel ? Évolue-t-elle vraiment d’une année sur l’autre ?
Transformer les données nature en pilotage continu.
Une empreinte aide à identifier les bons indicateurs de terrain, ceux qui réagiront réellement aux actions menées. C’est une boussole : on ne la consulte pas à chaque pas, mais on la vérifie régulièrement pour s’assurer que l’on avance toujours dans la bonne direction.
À quoi cela ressemble-t-il en pratique ?
Autre exemple de BL Evolution : dans une entreprise à dominante d’ingénierie, un diagnostic qualitatif avait eu peu d’effet. Mais lorsque l’empreinte a révélé que 80 % des impacts provenaient des achats, dont 30 % du cuivre, tout a changé. Un langage plus quantitatif a permis de mobiliser les équipes achats, innovation et opérations, de tester des scénarios concrets (changement de matériau, intégration de X % de recyclé, arrêt d’un produit au profit d’un autre) et d’identifier ce qui était faisable et à quel horizon. Aujourd’hui, l’entreprise pilote avec une poignée d’indicateurs clés : % de cuivre recyclé, nombre de fournisseurs alignés SBTi, durée de vie des produits, % de matériaux recyclés dans les gammes.
Choisir le bon niveau d’indicateurs.
À terme, intégrer des données « mesurées » (par exemple des données de terrain) est le Graal — confirmer que les actions menées sur les pressions produisent l’effet attendu sur le terrain. Cela crée une boucle de rétroaction continue.
Mais attention : les indicateurs de terrain ne doivent pas masquer les vrais enjeux. Un industriel peut travailler des mois à optimiser les 20 % d’impacts qui surviennent sur site, sans jamais réduire significativement l’impact total s’il ne s’attaque pas aux achats.
À retenir
On ne pilote pas avec une empreinte — on s’en sert pour identifier les bons indicateurs actionnables qui, eux, permettent de piloter. Si une action réduit clairement une pression, elle doit être mise en œuvre, même si son impact quantifié exact n’est pas encore entièrement modélisé. L’essentiel est de se mettre en mouvement. Et de traiter l’analyse comme un processus continu, et non comme un exercice ponctuel.
Si cela vous parle, n’hésitez pas à nous contacter. Chez Darwin, nous nous attachons à aider les organisations (entreprises ou fonds d’investissement) à bâtir des stratégies nature pilotées par la donnée et éclairées par une analyse des risques.